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Le Blog de la Culture

Le Blog de la Culture

Le Blog de la culture doit présenter ce qui me plait ou déplaît dans la société, avec une préférence pour l'art en général. Film, Musique, Série, Recette, Livre, Art pictural ou architectural...

Publié le par Clem's Le Corre
Publié dans : #moi
Big Little Unspoken

Notre vision du monde et de nous même est basée sur nos croyances mises en place durant l’enfance. Voilà une phrase bien dure pour commencer un article. Ce matin, je me suis levée avec la ferme intention d’écrire un article sur les gilets jaunes et sur ce que je pense de notre pauvre France, ce midi, je pensais à un article sur mon petit gourou préféré, Marie Kondo, la reine d’un intérieur rangé qui rend heureux… et me voilà à parler d’un sujet bien plus grave : le rapport du monde vers l’enfant, et des conséquences à l’âge adulte.

Je ne suis pas une pute. Voilà un constat plutôt clair. Rassurant peut-être pour vous, évident pour moi. Mais peut-être pas tant que ça. Revenons à ça plus tard.

Je suis entrain de lire le livre « petits secrets, grands mensonges » de L. Moriarty, titre qui a été adapté à la télévision grâce à OCS (Game of Thrones entre autres), sous le nom de Big Little Lies avec Reese Whiserspoon et Nicole Kidman en têtes d’affiche. J’en suis arrivée à un passage très poignant, au sujet d’un viol et de ses conséquences. Durant le crime, l’homme murmure à l’oreille du personnage des insultes savamment utilisées : moche, haleine mauvaise, grosse, etc. Plusieurs années plus tard, ce sont ces mots qui sont le plus dure à oublier. La jeune femme fait du sport pour perdre le poids qu’elle avait potentiellement en trop, mâchouille des chewing-gums sans arrêt par réflexe, malgré elle. Elle est consciente de ces gestes et de ces pensées et cela la met hors d’elle autant que cela la paralyse. En une nuit, un homme a su mettre à mal le cerveau d’une jeune femme fragile au point qu’elle se posera des questions sur son apparence toute sa vie. C’est le pouvoir des mots.

Revenons-en au réel, au concret, même si cette fiction doit être vraie pour quelques femmes dans ce monde malheureusement. Les enfants gobent tout ce qu’on leur dit. C’est comme ça. Ils croient au père noël, à la petite souris, aux princesses et aux dragons. Tout ce que leurs parents ou toute autre personne leur raconte finit dans la mémoire comme parole d’évangile. Il suffit d’une fois pour que l’enfant l’inscrive à jamais dans sa mémoire. Dites-lui qu’il est formidable, et il sera suffisant tout le reste de son existence, dites lui qu’il ne sert à rien, et il sera renfermé toute sa vie.

J’ai comme exemple ma propre existence. Je n’ai jamais su déterminée sur j’étais belle ou non. Les avis des uns opposent celui des autres, et mon rapport au corps est complexe comme celui de ma mère et de sa mère avant elle. Mais là n’est pas le point que je veux aborder, même s’il en découle. En sixième, je suis arrivée avec deux mois de retard dans un collège de campagne (déménagement oblige). Mon premier jour d’école, j’étais en jupe longue qui descendait jusqu’aux chevilles, et j’avais un sac à roulette, alors que ce n’était pas la mode. En moins de trois jours, j’étais connue par tout le collège comme « la pute hôtesse de l’air ». A partir de là, j’ai arrêté de porter des jupes. Et malgré le poids de mon sac, je le portais sur les épaules, pour ne le descendre que devant la porte de la maison familiale. Comme dans Vice Versa, le souvenir majeur était créer, et il allait rester là pendant longtemps.

Au lycée, je tentais de découvrir ma sexualité, tout en me liant d’amitié avec des gens formidables. Et pourtant, malgré son caractère simplet, une insulte durant un conflit, et me voilà plus bas que terre. Un ami avait réveillé ce mot « PUTE ». Ce n’était que des mots, ce n’était qu’un conflit mineur…

A la fac, me voilà timide, réservée, je n’ose trop m’exposer. Je m’éloigne de mes anciens amis sans trop m’en apercevoir, sans trop le vouloir, je m’éloigne de tous en fait. Je rencontre quelqu’un, sans trop d’attache, pour finir par le laisser tomber, je me fais embrassée par qui veut en soirée, parce que c’est drôle, parce que j’ai bu. Je finis par tomber amoureuse. Une personne formidable. Je découvre enfin mon vrai moi. Mais finalement tout s’écroule. On me reproche ma frivolité, un mot qui finit par me susurrer à l’oreille « pute… ». Malgré mon attachement, ce ne fut pas difficile de partir le moment venu.

Un de mes premiers emplois, je suis libre, j’ai changé de ville, changé de vie. Je profite. Je ne connais personne, un homme prend alors l’avantage et je finis dans son lit, plusieurs fois, sans plaisir ni sentiments, pour combler la solitude. Après tout, peut-être que ce n’est que ce que je mérite. Ce rapport au sexe, quand on sais, au fond de nous, quand on croit pour être plus précise, est très compliqué… J’ai finis par tomber amoureuse (ou je ne sais quoi) d’un autre collègue, et les mots que je pensais derrière moi étaient revenus, comme par magie. Parce qu’une femme ne peut pas vivre son épanouissement personnel sans le jugement des autres.

Plus récemment, à une soirée, tout le monde avait bu. J’ai finalement été contactée par une personne que j’appréciais profondément. Elle m’insultait de ce mot grossier, m’annonçant que son copain avait été lourdement dragué par moi-même la veille et qu’elle trouvait ça scandaleux (évidemment, la paraphrase est beaucoup plus agréable à lire). Encore ce mot, toujours ce mot, mais jamais pour les bonnes raisons. Evidemment, c’était faux, mais quoi vous dire. Depuis 5 ans et une rupture brutale, mon rapport au sexe et surtout aux hommes a énormément changé. Le fait de me faire draguer est déjà une violation de ma bulle personnelle. Parce qu’il y a 5 ans, un homme a trouver bon de m’utiliser et de me faire comprendre que j’étais cette pute dont tout le monde parle.

Donc non, je ne suis pas une pute. Je ne reçois pas d’argent quand je couche, et encore faut-il que je couche. Je ne me maquille pas, ou très peu, parce que l’on m’a inculqué que cela pouvait faire pute. Je ne m’habille pas avec des jupes courtes et des grands décolletés parce que cela ferait dévergondée. Je ne cherche pas à attirer les regards, et me sens mal à l’aise s’ils se produisent, je lis ce mot sur leurs lèvres alors qu'il n'y est pas...

 

Tout ça parce qu’il y a presque 20 ans, un groupe d’enfant a choisi un mot et un seul pour me qualifier et que, inconsciemment, je les ai crus.

Que votre parole soit impeccable.

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