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22 Octobre 2018
Dans les rues de ma ville, je flâne, j’attise mes sens. Pour la première fois depuis longtemps, je vois, je sens, j’entends, je ressens et, le plus important, je me souviens. L’air frais de la nuit est agréable. Le calme ambiant offre la sérénité propice à la réflexion. Emmitouflée dans un bon pull de laine confortable et doux, je me promène, pas à pas, mesurant non plus le temps mais le moment. Je marche.
Je suis pressée, un rendez-vous m’a fait venir là. Pourtant, je ne peux m’empêcher de lever les yeux et de stopper net. Une pluie fine mouille mon visage. J’aurais pu fermer les yeux pour apprécier cette sensation mais le spectacle qui s’offre à moi me happe. Les nuages sont multicolores la nuit, ici. Leur mouvement lent est agrémenté de couleurs vives et pâles à la fois, tel un collier de pierreries posée sur la gorge d’une jeune noble d’un passé lointain. Un simple regard nous étourdi. Les nuages se déplacent tellement vite en vérité, ils suivent des lois qui nous dépassent et pourtant nous n’en voyons que de grosses limaces cotonneuses changeantes et massives au fil des secondes, des heures, des jours, dans un entrelac de couleurs primaires serpentant au-dessus de nos têtes. Ce mouvement est régulier, une vrai berceuse, comme les vagues qui façonne le rivage au gré des marrées successives, l’été durant les vacances.
Il fait nuit noire. La lune n’est pas présente, elle se cache. Cependant, la nuit scintille de mille feux. La pluie, contribue à cet effet, enveloppant d’une auréole de lumière, d’un arc en ciel pour chaque goutte, le géant de pierre qui me surplombe. Ce sont les faisceaux de lumière qui s’envolent de ses fenêtres, passant à travers les vitraux qui projettent cette aurore nocturne fantastique. Je pense que Van Gogh aurait été heureux ici, à ce moment, avec ce ballet de lumière, offrant à la ville et à la cathédrale une atmosphère à la fois merveilleuse et mélancolique.
La cathédrale qui me surplombe par son chevet imposant est blanche, enfin ivoire. Je la devine à peine. En réalité, seul mon esprit la perçoit ainsi, aussi clair que le jour. Mes souvenirs me jouent des tours. Elle est grise, nuancée du clair au sombre. Je me demande pourquoi ses lumières sont allumées à cette heure-ci. La foi semble ne pas avoir de prise sur le temps des communs.
Un son grave me surprend. La bâtisse religieuse s’anime, vibre au son des cloches. L’absence de bruit jusque-là a permis la surprise. J’étais si envoutée par ce que je voyais que j’en avais oublié les quatre autres sens.
La cloche sonne.
Une fois,
Deux fois…
Je ne compte plus. Mes oreilles sont réveillées ainsi que mon corps, qui vibre à chaque résonance.